Pourquoi se poser la question du rôle du jeune ?

En Midi-Pyrénées comme ailleurs, l’accompagnement des jeunes dans l’emploi et l’insertion s’appuie sur des dispositifs, des structures et des professionnels. Mais une vérité s’impose, largement confirmée par le terrain : rien n’avance vraiment sans l’implication directe du principal intéressé. Comprendre le rôle que chaque jeune a à jouer dans son parcours, c’est ouvrir la voie à un accompagnement plus efficace, mais surtout plus épanouissant.

La question n’est donc pas anodine : selon le Baromètre DJEPVA sur la jeunesse (2023), 60 % des jeunes considèrent qu’il est difficile de savoir par où commencer pour construire son projet professionnel. Pourtant, les jeunes qui réussissent à s’insérer durablement sont ceux qui ont trouvé leur place dans leur accompagnement, en étant acteurs, pas simples spectateurs.


Du bénéficiaire passif à l’acteur : une évolution nécessaire

Si beaucoup d’initiatives sont pensées pour “aider” les jeunes, les études montrent qu’être seulement bénéficiaire ne suffit pas. Les dispositifs les plus efficaces sont ceux qui placent le jeune au centre, lui donnant les clés pour piloter son avancée [INJEP, 2022]. Ceci traduit une évolution majeure : il ne s’agit plus de “prendre en charge”, mais d’accompagner vers l’autonomie.

  • Le jeune qui agit : Il prend des initiatives, pose des questions, fait des choix éclairés.
  • Le jeune qui attend : Il risque de subir les démarches, de décrocher, voire d’abandonner.

C’est sur ce passage à l’action que repose la réussite de l’accompagnement, que ce soit avec une Mission Locale, un conseiller Pôle Emploi, ou lors d’ateliers collectifs. Les professionnels peuvent proposer, orienter, expliquer ; mais l’impulsion, la motivation et l’envie d’avancer ne peuvent venir que de la personne concernée.


Appréhender l’accompagnement : droits et responsabilités mutuelles

Les jeunes accompagnés disposent de droits, mais aussi de responsabilités. L’accompagnement ne se limite pas à fournir des solutions toute faites : il vise à guider la réflexion, fournir des repères fiables et développer la capacité d’action.

  • Droit à l’information : Le jeune peut et doit demander des informations claires, sans jargon, adaptées à sa situation.
  • Droit au choix : Nul n’est obligé de suivre un parcours “prédéfini” : chacun peut demander des ajustements, proposer des objectifs, refuser une orientation qui ne lui conviendrait pas.
  • Responsabilité de la démarche : Se rendre aux rendez-vous, s’impliquer dans les recherches, aller au bout des démarches sont des composantes essentielles. Les conseillers ne peuvent substituer au jeune pour tout.

Cette relation mutuelle, au cœur des chartes d’accompagnement des Missions Locales (Charte des Missions Locales), valorise la “co-construction” du projet. Cela implique discussion, ajustement, négociation quand c’est nécessaire.


Des exemples concrets de rôle actif

  • Faire le point sur ses atouts et besoins : Avant tout, il s’agit d’identifier ses forces, ses envies, mais aussi ses freins (mobilité, niveau scolaire, santé, etc.). Un jeune qui arrive en entretien avec des pistes, même floues, permet à l’accompagnant de personnaliser son approche.
  • Exprimer ce qui (ne) fonctionne (pas) : Dire si les ateliers sont utiles, si le job dating a été motivant, permet d’adapter l’accompagnement. C’est ainsi que les retours évoluent.
  • Prendre rendez-vous quand un besoin émerge : Il ne faut pas attendre uniquement qu’on vous propose un créneau. Un jeune qui revient en disant “J’ai avancé, mais j’ai besoin d’aide pour…”, accélère sa progression.
  • Initier des démarches personnelles : Que ce soit pour une formation, une recherche de stage, ou la préparation d’un dossier, montrer qu’on s’investit fait la différence. Selon un rapport du Haut conseil à la jeunesse (2021), 85 % des jeunes ayant trouvé un emploi ou une formation après accompagnement avaient effectué au moins une démarche de leur propre initiative lors du parcours.

Barrières et leviers : ce qui facilite, ce qui freine

Certaines difficultés compliquent la prise de relais par le jeune, souvent mal identifiées par les dispositifs institutionnels.

Des freins identifiés

  • Le manque de confiance en soi : 1 jeune sur 2 estime ne pas se sentir “à la hauteur” pour prendre en main son avenir professionnel, selon les enquêtes de l’INJEP (2022).
  • L’accès insuffisant à l’information claire : La compréhension des dispositifs (contrats aidés, CPF, PACEA…) n’est pas évidente. Trop de sigles, de jargon technique.
  • Des parcours administratifs complexes : Remplir un dossier, rechercher des offres, formuler une lettre de motivation… tout cela s’apprend, mais peut décourager.

Mais aussi des leviers puissants

  • L’accompagnement personnalisé : Les structures qui proposent un suivi individualisé arrivent, selon la DARES, à un taux de sortie vers un emploi durable supérieur de 18 % à celles qui restent sur un mode standardisé (Rapport DARES, 2022).
  • Le réseau et l’entourage : Les jeunes ayant déjà tissé des liens professionnels, participé à des immersions ou bénéficié du parrainage affichent de bien meilleurs taux d’insertion (DARES, étude de 2021).
  • L’expérience valorisée, même hors du scolaire : Une mission bénévole, une passion, des petits boulots saisonniers : tout cela compte et nourrit le dossier comme la confiance en soi. Osons l’exprimer, osons demander à en parler.

Des conseils pratiques pour prendre sa place dans l’accompagnement

  1. Préparer chaque rendez-vous.
    • Notez questions, attentes, éléments nouveaux depuis le dernier point.
    • Identifiez un objectif (même modeste) pour chaque rencontre : formulaire à terminer, info à demander, entretien à simuler, etc.
  2. Ne pas hésiter à poser (toutes) les questions.
    • “Je ne comprends pas ce dispositif, pouvez-vous réexpliquer simplement ?” Cela ne diminue en rien la crédibilité, au contraire. S’approprier les outils demande d’oser interroger.
  3. Faire (et faire savoir) ses démarches.
    • Même un essai infructueux (candidature non retenue, entretien difficile) est une avancée. Partagez vos expériences, c’est ainsi que l’accompagnement devient pertinent.
  4. Rechercher l’autonomie… petit à petit.
    • Demander à réaliser soi-même une partie de la démarche (appeler une entreprise, remplir un dossier en ligne…) avec un accompagnant en soutien, pas en remplacement.
  5. Savoir s’entourer.
    • Réseau familial, associatif, professionnel, pairs… s’appuyer sur les autres n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un levier d’avancement reconnu (Céreq, 2021).

Les bénéfices d’une implication active

Être acteur de son accompagnement, ce n’est pas tout porter seul, mais co-construire sa propre solution. Cette implication directe a un impact sur :

  • L’accès à l’emploi et à la formation : Les chiffres du Céreq montrent que les jeunes qui se mobilisent dans leur accompagnement obtiennent en moyenne un emploi stable 6 mois plus vite que ceux qui restent en posture d’attente (Céreq, “Génération 2017”, 2022).
  • La confiance et l’estime de soi : Prendre part à ses décisions, s’exprimer, permet de mesurer ses progrès. Ceci renforce la motivation tout au long du parcours.
  • L’autonomie durable : Apprendre à chercher des infos, à formaliser un projet ou à négocier une orientation, ce sont des clés qu’on garde toute la vie, quel que soit le parcours ensuite.

Pistes pour aller plus loin

  • Formations à l’autonomie professionnelle : De nombreuses Missions Locales proposent des ateliers sur la valorisation du parcours, l’argumentation en entretien, ou la gestion des démarches administratives (exemple : Parcours Emploi Compétences, https://travail-emploi.gouv.fr/emploi-et-insertion/parcours-emploi-competences)
  • Se former à l’usage du numérique : Comprendre comment utiliser les plateformes (emploi-store, CPF, ateliers en ligne) donne plus de latitude dans la prise d’initiatives.
  • S’informer sur ses droits et devoirs : Des fiches pratiques sur service-public.fr détaillent obligations et aides accessibles selon l’âge, la situation familiale, le niveau d’études.

Accompagner un jeune, ce n’est donc pas le faire “à la place de”, mais “avec”. Les structures de Midi-Pyrénées – Missions Locales, E2C, Cap Emploi, associations – insistent sur cette nécessité d’interaction, gage d’un accompagnement réellement efficace.

En s’appuyant sur les conseils, les chiffres et les ressources adaptés, chaque jeune peut reprendre la main sur son accompagnement. Prendre des initiatives, demander, co-construire, c’est s’offrir les meilleures chances de s’insérer, durablement, dans la vie active.


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