Le CEJ : un engagement réciproque pour avancer vers l’emploi

Mis en place en mars 2022, le Contrat d’Engagement Jeune (CEJ) est une réponse directe à la difficulté rencontrée par de nombreux jeunes de moins de 26 ans à s’insérer durablement dans l’emploi (Ministère du Travail). S’adressant prioritairement à ceux qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en étude et qui rencontrent des freins particuliers (niveau scolaire, logement, mobilité…), ce contrat pose, dès le départ, le cadre d’une relation claire : une aide renforcée en contrepartie d’un réel engagement.

Au cœur du CEJ, une idée simple : permettre au jeune de devenir acteur de son parcours, avec un accompagnement sur-mesure, une allocation possible, mais aussi, et surtout, des droits et des devoirs précis, formalisés dès la signature.


Que signifie « s’engager » dans le CEJ ?

Le mot « engagement » n’est pas anodin. En signant un CEJ, le jeune et son conseiller (Mission Locale ou Pôle Emploi) fixent ensemble des objectifs, recensés dans un « plan d’action » personnalisé. Concrètement, côté jeune, cela se traduit par des obligations, qui conditionnent non seulement la pérennité du contrat, mais aussi, souvent, le versement de l’allocation pouvant aller jusqu’à 528 € par mois (montant 2024, variable selon la situation sociale du jeune, service-public.fr).

Parler d’obligations n’est pas là pour contraindre : elles sont pensées comme des leviers pour avancer, pas comme des murs. Faire le point sur ce qui est attendu, c’est aussi se donner les moyens d’éviter les blocages ou les mauvaises surprises.


Les obligations principales du jeune dans le CEJ

1. S’impliquer activement dans son parcours

  • Participer régulièrement aux rendez-vous avec son conseiller référent. Généralement, un minimum de 15 à 20 heures d’activités par semaine est exigé (périodes d’ateliers, de stages, rencontres avec des employeurs, actions de formation, etc.). Cette intensité permet un vrai changement de rythme par rapport au suivi classique de la Mission Locale ou de Pôle Emploi.
  • Suivre les actions définies dans le plan d’accompagnement : ateliers techniques, bilans de compétence, recherches d’emploi, immersions professionnelles, ou toute action validée ensemble. L’objectif est que chaque action regarde le projet du jeune comme un tout (emploi, logement, santé, mobilité).

2. Être transparent sur sa situation

  • Informer son conseiller de tout changement de situation (prise d’un emploi, entrée en formation, déménagement, problèmes de santé, etc.). Cela permet d’adapter rapidement le plan de travail, d’éviter les absences non justifiées et de prévenir la suspension de l’allocation.
  • Transmettre spontanément les justificatifs demandés (attestation d’inscription à une formation, contrat de travail, etc.).

3. Respecter le cadre et les règles émises par la structure d’accompagnement

  • Prévenir en cas d’empêchement à un atelier ou un rendez-vous individuel (maladie, problème de transport, urgence familiale…)
  • Adopter une attitude respectueuse envers les professionnels et les autres jeunes. Ce contrat est aussi un espace pour régler discrètement certaines difficultés à “tenir le cadre” exigé par le monde du travail.

4. Faire preuve d’un engagement réel dans la recherche d’emploi ou de formation

  • Réaliser des candidatures actives, participer à des salons, forums, actions collectives, entretiens de recrutement ou immersions professionnelles.
  • Tenir à jour un « journal de bord » ou tout autre outil de suivi, demandé par le conseiller.

Zoom sur les temps d’activité hebdomadaires : Plus qu’un chiffre, un état d’esprit

L’un des points clefs, souvent peu compris au début, est l’exigence d’un temps d’activité minimum. Le CEJ impose un rythme d’au moins 15 à 20 heures par semaine – bien supérieur à celui de l’accompagnement “classique”. Il ne s’agit pas simplement d’accumuler des heures pour cocher une case, mais bien de s’ancrer dans une dynamique quotidienne : participer à des ateliers collectifs, faire des stages en entreprise, rencontrer des employeurs, travailler son projet professionnel…

Ces heures sont déterminées en fonction du projet et des besoins du jeune, et s’adaptent aux périodes : recherche d’emploi intensive, travail sur un frein spécifique (logement, santé…), alternance d’ateliers et de démarches individuelles, etc. En 2023, plus de 100 000 jeunes ont signé un CEJ en France (Le Figaro, août 2022).

  • Pour les moins de 20 ans sans qualification, ces heures sont presque systématiques, car le rythme permet d’éviter les décrochages.
  • En Midi-Pyrénées, la majorité des Missions Locales dépassent le seuil des 20 heures (source : Union Nationale des Missions Locales), avec des ateliers orientés sur la préparation à l’emploi et le développement de compétences numériques et sociales.

Quelles sont les conséquences en cas de non-respect des obligations ?

Absences injustifiées, participation insuffisante : quels risques ?

Le non-respect répété des engagements du CEJ (absences inexpliquées, non-participation aux activités, manque de communication) peut avoir des conséquences immédiates et progressives. Ces mesures visent à responsabiliser tout en soutenant :

  • Entretien de recadrage avec le conseiller, pour comprendre les causes et redéfinir les objectifs.
  • Avertissement écrit s’il y a répétition, avec rappel des risques encourus.
  • Suspension temporaire de l’allocation si la situation ne s’améliore pas.
  • Rupture du contrat en cas de manquements graves ou répétés, généralement après plusieurs avertissements.

Selon un rapport de la DARES (2023), environ 17 % des jeunes suivis en CEJ ont connu au moins une suspension temporaire de leur allocation au cours des six premiers mois, souvent liée à des absences injustifiées ou à une baisse d’implication détectée par les conseillers (DARES).


Petites astuces pour tenir ses engagements sans stress inutile

  • Organiser son emploi du temps : Passer du “décousu” au “structuré” n’est pas simple. Utiliser un agenda papier ou numérique avec alertes, noter tous les rendez-vous, les horaires d’ateliers, prévoir ses trajets la veille… Chaque détail compte.
  • Garder le contact : En cas d’aléas (maladie, imprévu…), prévenir son conseiller dès que possible. Cela permet d’éviter une absence injustifiée et de montrer son sérieux.
  • Ne pas hésiter à signaler des difficultés : Manque de ressources, démotivation passagère, problème de transport ou de logement… Ces “freins” sont pris en compte dans le référentiel CEJ. En parler (même en amont), c’est s’éviter l’isolement.
  • Considérer l’équipe comme un allié : Le conseiller n’est pas un surveillant, mais un appui. Solliciter l’équipe sur ses doutes ou ses besoins, demander des conseils pour améliorer ses candidatures, bénéficier de l’effet réseau…

La plupart des jeunes ayant tiré parti du CEJ soulignent ce point : plus l’échange avec leur référent est régulier et transparent, plus ils bénéficient d’opportunités inattendues (stages réservés, rencontre avec des employeurs de la région, aides à la mobilité…).


Les obligations du CEJ face à la réalité quotidienne des jeunes

Respecter le cadre n’est pas toujours « naturel » : pour beaucoup, tenir un rythme, se rendre à des ateliers, prévoir ses démarches plusieurs jours à l’avance, sont de vrais obstacles, surtout quand l’autonomie ou la confiance sont fragiles. Les Missions Locales du Tarn, par exemple, ont mis en place des ateliers “soutien à l’organisation personnelle” visant à accompagner cette transition.

Les conseillers sont aussi formés à adapter les plans d’actions : une maman isolée ne va pas vivre le CEJ à la même fréquence qu’un jeune sans charge familiale. L’enjeu reste le même pour tous : trouver le rythme adapté au projet tout en maintenant une exigence d’implication sincère.

  • En 2023, 68 % des jeunes suivis en CEJ en Occitanie avaient repris une activité (emploi, formation, service civique ou autre) dans les 6 mois suivant la signature du contrat (Région Occitanie).
  • L’adaptabilité et la compréhension de chaque situation individuelle sont donc au cœur du suivi pour éviter la “déconnexion” des jeunes en grande difficulté.

L’accompagnement, une clé pour transformer les obligations en opportunités

Même s’il pose un cadre strict, le CEJ s’appuie sur la conviction que chaque jeune peut progresser, à son rythme, pour peu qu’il soit bien entouré et entendu sur ses difficultés. Les actions imposées ne sont jamais figées : l’accompagnement est évolutif et l’équipe ajuste les attentes en fonction des avancées du jeune.

L’obligation de participer activement, loin d’être un piège, se révèle souvent comme une occasion d’acquérir de nouveaux repères, de développer des compétences transversales, et de reprendre confiance. En Occitanie, plus d’un tiers des jeunes éloignés de l’emploi qui signent un CEJ témoignent, dans les premières semaines, d’une amélioration nette de leur confiance en soi et de leur compréhension des codes de l’entreprise (UNML).

Les obligations du CEJ sont donc la “rampe de lancement” d’un parcours singulier pour chaque jeune, avec des droits mais aussi une implication attendue. Pour ceux qui s’y engagent, le respect du cadre est le meilleur moyen de provoquer des opportunités, d’avancer vers l’autonomie… et d’éviter les fausses promesses comme les ruptures prématurées.


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