Pourquoi fixer des objectifs dans un accompagnement individuel ?

L’accompagnement individuel constitue l’une des pierres angulaires de l’insertion sociale et professionnelle, surtout dans des secteurs où le parcours des jeunes (mais aussi celui des adultes en reconversion) est soumis à de multiples aléas. Selon le Rapport 2023 de l’UNML (Union Nationale des Missions Locales), 1,3 million de jeunes ont été accompagnés en France en 2022 dans le cadre du Contrat d’Engagement Jeune (CEJ) ou d’autres dispositifs personnalisés. Or, un constat revient sans cesse : la pertinence et la clarté des objectifs fixés au départ conditionnent en grande partie la réussite du parcours.

Un accompagnement sans objectif, c’est comme une sortie en randonnée sans carte : on se fatigue, on prend des voies de traverse, on perd de vue l’essentiel. A contrario, des objectifs bien posés donnent du sens, facilitent la progression, et renforcent la motivation. Ils permettent aussi aux acteurs (conseillers, éducateurs, tuteurs…) de mesurer les avancées et d’ajuster les interventions quand un obstacle survient.


Quels types d’objectifs fixer ? Tour d’horizon

Ce qui est visé doit être concret, mesurable et adapté à la situation du jeune ou de la personne accompagnée. Les objectifs peuvent se regrouper en plusieurs grands axes, qui se recoupent souvent dans la réalité.

1. Objectifs professionnels

  • Accès à l’emploi : Signer un contrat de travail, obtenir un stage, décrocher une mission d’intérim ou un apprentissage. Selon l’INSEE, en 2022, le taux d’emploi des jeunes de 15-24 ans en France atteignait 32%. Cet axe reste donc central.Exemple d’objectif : “Signer un CDD dans la restauration dans les 4 prochains mois.”
  • Confirmation d’un projet professionnel : Valider le choix d’un métier par une immersion, un stage, ou une courte formation. Souvent nécessaire, car selon une étude de l’AFPA (2023), 43% des jeunes entrent en formation sans projet professionnel totalement défini.
  • Acquisition de compétences : Développer des savoir-faire spécifiques à un métier, ou transversaux (compétences numériques, savoir-être…).

2. Objectifs de formation et de qualification

  • Entrer en formation diplômante : CAP, Bac pro, BTS, etc. Le Ministère du Travail souligne qu’en 2022, 21% des jeunes suivis par les Missions Locales avaient pour priorité l’accès à une formation longue.
  • Obtenir une certification : Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), CléA (certificat de connaissances de base), habilitation spécifique (sécurité, hygiène, etc.).
  • Remise à niveau : Dépasser un blocage sur les savoirs de base (français, maths…), fréquente notamment chez les NEETs (Not in Employment, Education or Training) – 12,5% des 15-29 ans selon l’Eurostat (2022).

3. Objectifs liés à l’autonomie et à la vie quotidienne

  • Se loger : Trouver une solution d’hébergement stable. Le logement instable est évoqué par 27% des jeunes accompagnés en Mission Locale (Rapport UNML 2022).
  • Maîtriser un budget : Savoir gérer ses finances, éviter le surendettement, comprendre ses droits sociaux. Des ateliers d’accès aux droits (CAF, Pôle emploi, CPAM…) figurent souvent parmi les objectifs opérationnels.
  • Mobilité : Obtenir le permis de conduire, acquérir une solution de mobilité (transports en commun, vélo, véhicule…). Un frein prépondérant : 31% des jeunes ruraux citent la mobilité comme obstacle à l’emploi (CREDOC 2022).

4. Objectifs de santé et de bien-être

  • Accès aux soins : Prendre un rendez-vous médical, régulariser une situation d’assurance maladie, entamer un suivi psychologique. La santé mentale, en particulier, est un enjeu sous-estimé (30% des jeunes déclarent avoir renoncé à des soins en 2022, source Crocis – CCI Paris Île-de-France).
  • Amélioration du mode de vie : Stabiliser ses rythmes de vie, adopter de meilleures habitudes alimentaires ou sportives, réduire des comportements à risque.

5. Objectifs citoyens et sociaux

  • Obtenir des papiers : Régularisation administrative (CNI, titre de séjour, carte vitale…), élément indispensable mais parfois oublié dans la projection professionnelle.
  • Développer son réseau : S’impliquer dans une association, élargir ses contacts, accéder à des ressources locales…
  • S’ouvrir à la culture : Participer à des activités, s’informer sur la vie locale, exercer son droit de vote, etc.

Comment fixer des objectifs adaptés et efficaces ?

Un bon objectif d’accompagnement n’est ni trop vague (“trouver un travail”) ni hors de portée. Il s’inscrit dans une logique de progression, en tenant compte à la fois des aspirations de la personne et de ses contraintes réelles.

La méthode SMART : un standard éprouvé

  • S comme Spécifique : un objectif doit être précis (“Préparer un CV avec l’aide d’un conseiller”) et adapté à la personne.
  • M comme Mesurable : pouvoir vérifier l’avancée (par exemple : “Envoyer cinq candidatures d’ici fin mars”).
  • A comme Atteignable : ne pas viser trop haut trop vite, au risque du découragement.
  • R comme Réaliste : tenir compte des freins actuels (niveau scolaire, moyens de transport, finance…).
  • T comme Temporellement défini : fixer un délai raisonnable pour l’atteinte.

L’importance de la co-construction

Les objectifs ne sont pas imposés : il s’agit de les formaliser ensemble, avec la personne accompagnée. Selon le Baromètre de l’Emploi Jeune 2023 (ADECCO), 68% des jeunes réussissent mieux leur entrée dans l’emploi lorsqu’ils ont participé à la définition de leur plan d’actions.

La reformulation est également clé : au fil des entretiens, il arrive souvent que l’objectif doive être précisé, ou adapté à l’évolution de la situation personnelle (maladie, changement de projet, difficulté familiale…). Il est sain – et même essentiel – de réajuster régulièrement.


Des exemples concrets issus du terrain

Pour mieux visualiser, voici quelques cas d’objectifs pertinents, issus de situations réelles rencontrées en Midi-Pyrénées :

  • “Participer à deux ateliers collectifs sur la posture professionnelle en entreprise avant le 30 juin, pour gagner en confiance avant les entretiens.”
  • “Finaliser les démarches d’inscription à la Garantie Jeunes d’ici un mois.”
  • “Réaliser une immersion professionnelle de 15 jours dans une boulangerie du quartier avant les vacances d’été, pour valider l’intérêt pour ce secteur.”
  • “Engager un bilan de santé au centre municipal et prendre rendez-vous avec une assistante sociale pour étudier les droits à la CMU, avant la fin du trimestre.”
  • “Passer le code de la route dans les trois mois, inscription faite d’ici un mois.”
  • “Élaborer un plan budgétaire avec un conseiller, pour anticiper la prise d’un premier logement étudiant à la rentrée.”

A noter : l’objectif dépend toujours d’un diagnostic partagé de départ. Un objectif trop ambitieux peut épuiser la motivation ; l’inverse nuit à la progression. Il s’agit de trouver le “juste défi”.


Quels outils utiliser pour formaliser et suivre les objectifs ?

  • Le plan d’action personnalisé : Un document synthétique, partagé entre l’accompagnant et la personne suivie, récapitulant les objectifs et les étapes intermédiaires. Exemple : le “PPAE” à Pôle emploi ou le “parcours contractualisé d’accompagnement” en Mission Locale.
  • Le carnet de bord : Il permet de noter les avancées, les ressentis, et revient sur le chemin parcouru (utile pour renforcer la confiance en soi).
  • L’entretien de suivi régulier : Minimum une fois par mois pour que l’objectif ne soit pas oublié ou dépassé. Adapté selon le rythme et l’autonomie de chacun.
  • Les outils numériques : Applications de suivi de candidatures, plateformes pour prendre rendez-vous en ligne, etc. Selon une enquête du Medef Occitanie (2023), 64% des jeunes passent par des outils digitaux dans leur accompagnement vers l’emploi.

Focus : les spécificités en Midi-Pyrénées

Le territoire de Midi-Pyrénées, qui concentre à la fois de grandes villes universitaires et des zones rurales, présente des particularités à intégrer dans la fixation des objectifs :

  • Mobilité : Des solutions adaptées émergent comme les “mobipoles” financés par la Région ou les garages solidaires, qui doivent figurer comme objectif intermédiaire pour les jeunes ruraux.
  • Offre de formation : Le partenariat avec les Maisons de la Région et les GRETA est une ressource à utiliser : nombre d’objectifs de formation passent par l’identification des places libres en CAP/BEP/Bac pro, par exemple.
  • Accès au numérique : Le Conseil Régional Occitanie a investi dans les “Espaces Région Orientation” pour lutter contre la fracture numérique qui concerne encore 12% des jeunes, accentuant le besoin de fixer des objectifs dans ce domaine.
  • Dispositifs locaux innovants : Tels que le “Pacte Régional pour l’Emploi” ou les “contrats d’engagement local”, qui peuvent être un objectif intermédiaire en eux-mêmes.

Quand et comment réajuster les objectifs fixés ?

Un parcours d’accompagnement n’est pas un long fleuve tranquille. L’avancée dépend souvent de facteurs extérieurs (décision d’un employeur, concours non validé, rupture familiale, etc.). Pour cette raison, il est pertinent de planifier des revues régulières de l’objectif posé.

  • Analyse d’étape : Tous les mois ou à chaque “jalon”, il est utile de refaire le point, de prendre en compte les éventuels freins ou points de vigilance qui n’étaient pas visibles au départ.
  • Ajustement au fil de l’eau : Si la personne rencontre systématiquement le même blocage, il peut s’agir d’un frein plus transversal (santé, confiance en soi, accès à l’information…) à prioriser avant de poursuivre.
  • Valorisation des succès : L’acquisition d’une petite victoire est importante pour garder la motivation. Un objectif réajusté pour tenir compte d’un succès renforce l’estime de soi et la dynamique d’engagement.

Dégager du sens et passer à l’action

Fixer des objectifs dans l’accompagnement individuel, ce n’est pas “cocher des cases.” C’est rendre visibles les étapes, clarifier la route à suivre, et donner à chacun – jeune ou moins jeune – des repères pour se saisir de son projet.

Expérimenter, se tromper, réajuster ; voilà le cœur du processus. C’est en avançant, par petits pas guidés, que l’on développe confiance, autonomie et compétences. Les objectifs constituent alors des “paliers franchissables” qui, mis bout à bout, permettent d’ouvrir de nouvelles perspectives, en phase avec les réalités du terrain.

Pour aller plus loin, les centres d’accompagnement (Mission Locale, Points Relais Conseil, Espaces Région Orientation…) proposent des ateliers et des rendez-vous d’appui pour aider à structurer un parcours solide et adapté. La clé reste la personnalisation des objectifs, et la dynamique collective qui les accompagne.

Sources : Rapport UNML 2022/2023 ; INSEE, Eurostat ; AFPA ; ADECCO ; Rapport CREDOC 2022 ; Crocis-CCI Paris Île-de-France ; Medef Occitanie 2023 ; Conseil Régional Occitanie.


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