Comprendre le besoin : pourquoi cibler la prévention santé chez les jeunes ?

En Midi-Pyrénées comme ailleurs, les jeunes sont confrontés à des enjeux santé spécifiques : addictions, santé mentale, alimentation, sexualité, conduites à risque… Selon les chiffres de l’Observatoire Régional de la Santé Occitanie (ORS), dans la tranche 16-25 ans, 37 % déclarent avoir déjà renoncé à des soins au moins une fois au cours des 12 derniers mois, souvent à cause d’un manque d’informations ou d’une appréhension du système de santé (ORS Occitanie).

Face à ces constats, les dispositifs de prévention santé ne se contentent pas d’informer : ils proposent un accompagnement global, adapté aux réalités des jeunes, avec une logique collective et confidentielle.


Les acteurs principaux de l’orientation vers la prévention santé

L’orientation des jeunes vers des dispositifs de prévention santé repose principalement sur trois piliers en Midi-Pyrénées :

  • Les structures jeunesse de proximité : Missions Locales, PIJ (Points Information Jeunesse), Maisons des Adolescents, Centres sociaux…
  • Le monde scolaire et universitaire : établissements scolaires, infirmier·e·s scolaires, CROUS, Bureaux d’Aide Psychologique Universitaire (BAPU), services de médecine préventive universitaire.
  • Le secteur associatif et médico-social : structures spécialisées comme les CJC (Consultations Jeunes Consommateurs), les CSAPA (Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie), Planning familial, associations spécialisées sur le VIH, le handicap, etc.

Le rôle central des Missions Locales

En Midi-Pyrénées, le réseau des Missions Locales constitue la première porte d’entrée pour de nombreux jeunes non scolarisés ou en recherche d’emploi. La santé y est systématiquement abordée lors de l’élaboration du diagnostic global du jeune, dans le cadre du PACEA (Parcours d’Accompagnement Contractualisé vers l’Emploi et l’Autonomie). Les conseillers orientent alors vers les partenaires en fonction des besoins identifiés.

Les Maisons des Adolescents (MDA) : un lieu ressource clé

Dans les départements de la région, les MDA accueillent les jeunes de 11 à 25 ans, avec ou sans rendez-vous. Anonymat et gratuité garantis. Selon l’activité 2022 de la MDA de Haute-Garonne, 52 % des jeunes reçus ont été orientés initialement par un professionnel (conseiller Mission Locale, infirmière scolaire…). Les MDA sont souvent identifiées comme des “tiers de confiance” pour parler de santé, en dehors du cadre familial.


Les dispositifs existants : quels parcours, quelles portes d’entrée ?

Le paysage de la prévention santé en Midi-Pyrénées est riche, mais pas toujours lisible. Voici les principaux dispositifs vers lesquels sont orientés les jeunes :

  • Permanences de prévention santé dans les Missions Locales, animées par des partenaires externes (associations, psychologues, médecins).
  • Les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) : spécialisées sur les usages de produits psychoactifs, troubles comportementaux liés à la dépendance (jeux, écrans...).
  • Entretiens individuels ou ateliers collectifs proposés dans les établissements scolaires/campus sur la santé mentale, vie affective et sexuelle, alimentation ou sommeil, par les services de prévention des rectorats ou des universités.
  • Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) : pour la prévention, le dépistage VIH/IST/Hépatites, accessibles dès 15 ans.

Un point clef : l’orientation ne prend pas forcément la forme d’une prescription médicale ou d’un engagement contraignant. Les intervenants privilégient une orientation “à hauteur d’adolescent”, qui passe souvent par :

  • L’écoute active et l’identification des freins (peur du jugement, manque de confiance, difficulté à parler santé…)
  • La transmission d’informations claires, sans jargon ni stigmatisation
  • La proposition d’un premier contact accompagné ou anonyme selon la situation

Quels leviers déclenchent l’orientation vers la prévention santé ?

L’orientation vers les dispositifs de prévention n’est pas automatique : elle dépend de plusieurs facteurs, eux-mêmes imbriqués.

Levier Description / Illustration concrète
Repérage des situations à risque Repérage par un·e conseiller·ère (ex : absentéisme, mal-être, consommation excessive…), mention d’une difficulté par le jeune ou l’entourage.
Actions de sensibilisation collective Ateliers réguliers dans les écoles/lycées ou structures jeunesse : alimentation, addiction, cyberharcèlement, sexualité… qui donnent envie aux jeunes d’aller plus loin.
Professionnels “relais” informés & formés Formation des équipes éducatives, animateurs, éducateurs spécialisés pour parler librement santé, relayer la parole des jeunes et orienter sans jugement (cf. guide ARS Occitanie sur la “promotion de la santé à l’école”).
Le numérique comme déclencheur Accès à des plateformes en ligne (Fil santé jeunes, Onsexprime.fr), chat avec des professionnels ; puis orientation vers des services physiques si besoin.

Plus rarement, certains jeunes accèdent directement à l’information via internet ou les réseaux sociaux. Mais, selon la dernière enquête IPSOS / Santé Publique France, plus de 60% des jeunes préfèrent parler d’un problème de santé à un adulte “de confiance” (conseiller, infirmière, animateur…) avant de pousser la porte d’un service spécialisé.


Les formations et outils pour renforcer l’orientation des jeunes

Pour que l’orientation vers les dispositifs de prévention soit vraiment efficace, de nombreux outils sont mis à disposition des professionnels :

  • Formations inter-professionnelles sur la santé des jeunes (santé mentale, contraception, addictions, cyberviolences) portées par l’ARS, le rectorat, les fédérations associatives (ex. Fédération Addiction, ANPAA, Fil Santé Jeunes).
  • Répertoires actualisés d’acteurs locaux (annuaires santé jeunesse diffusés par les Départements, l’ARS ou la Mission Locale régionale), facilitant les mises en contact rapides.
  • Outils numériques interactifs comme l’application “Santé Jeunes Occitanie” (test, géolocalisation des lieux d’accueil, conseils, etc. – source ARS Occitanie).
  • Partenariats santé-éducation : conventions entre collèges-lycées et acteurs de prévention santé, qui garantissent une continuité dans l’accompagnement.

L’enjeu clé reste de dépasser les approches cloisonnées en décloisonnant les compétences : la santé, l’insertion professionnelle et la réussite scolaire sont étroitement liées, comme le montre l’analyse de la DREES sur les déterminants de santé chez les moins de 25 ans (ministère de la Santé/DREES, 2023).


Quelles difficultés rencontrées, quelles solutions en Midi-Pyrénées ?

Malgré la diversité de l’offre, plusieurs obstacles persistent :

  • Manque de visibilité des dispositifs, autant pour les jeunes que pour certains professionnels.
  • Réticence à parler de santé liée à la peur d’être jugé, à la confidentialité mal comprise, ou à la confusion entre prévention et sanction.
  • Disparités territoriales : offre moins dense dans les zones rurales ou enclavées de la région.
  • Problèmes de mobilité et coupures numériques limitent parfois l’accès aux ressources.

Pour contourner ces freins, des innovations se développent :

  • Déploiement de bus santé ou d’équipes mobiles dans les zones rurales (voir exemple du “Bus Santé” du Tarn, qui sillonne les campagnes, avec arrêts réguliers devant les collèges et Missions Locales ; source : La Dépêche du Midi, 2023).
  • Mise en place de permanences anonymes et gratuites en soirée ou pendant les vacances scolaires.
  • Co-construction d’actions de prévention avec des jeunes volontaires, pour mieux correspondre à leurs codes et à leurs attentes.

Ressources utiles pour aller plus loin


Aller plus loin : repenser l’orientation vers la prévention santé

L’orientation des jeunes vers les dispositifs de prévention santé en Midi-Pyrénées est une mécanique collective, exigeante et sans cesse en mouvement. Elle passe par le repérage, la confiance, l’interconnaissance entre acteurs, l’usage des bons outils… et nécessite la participation active des jeunes, qui restent les meilleurs ambassadeurs de leur propre santé.

Pour progresser, il est essentiel de multiplier les ponts entre le social, l’éducation, le sanitaire, le monde associatif et le tissu local. Une démarche qui implique de rester en veille sur les ressources, les pratiques innovantes, et de s’appuyer sur les retours des jeunes pour ajuster les actions à la réalité du terrain Midi-Pyrénéen.


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